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La culture, levier de développement dans les Outre-mer

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Le 21 mai, le programme COREOM a inauguré son cycle « Territoires en pratiques » en choisissant de mettre en lumière un thème central pour les dynamiques ultramarines : le rôle de la culture comme levier de développement. Derrière ce choix, une conviction simple : la culture n’est pas une vitrine, elle est une ressource qui irrigue l’éducation, l’économie, l’environnement et la cohésion sociale.

Près de cinquante participantes et participants connectés depuis la Guadeloupe, la Martinique, La Réunion, Mayotte, mais aussi depuis la France hexagonale et quelques pays voisins, ont pu écouter, échanger et débattre autour d’études de cas concrètes et de retours d’expérience. La qualité de la participation témoigne de l’importance de ce sujet et de la nécessité de créer un espace d’interconnaissance et de partage de méthodes.

La culture comme double registre : artistique et développement

L’une des premières clarifications apportées par l’intervenante principale, Valeria Marcolin de l’ONG Culture et Développement, a concerné la manière d’articuler les dispositifs existants. Elle a rappelé que tout projet culturel ultramarin peut se situer sur deux registres : d’un côté, la coopération artistique internationale, centrée sur la création, la mobilité des artistes et la diffusion des œuvres, relevant des DAC et du réseau des Instituts français et SCAC ; de l’autre, la coopération au développement par la culture, où l’enjeu est de mesurer l’impact social, éducatif, économique ou environnemental, et qui mobilise alors les guichets du MEAE, de l’AFD, ou des dispositifs comme le Fonds de coopération régionale ou Interreg.

Un même projet peut naviguer entre ces deux rives, mais à condition d’adapter le récit, les partenaires et les indicateurs.

Valeria Marcolin – ONG Culture & Développement

Cette distinction, loin d’être théorique, permet aux porteurs de projet de mieux cibler leurs demandes de financement et d’éviter les malentendus.

La question de l’impact et des indicateurs

Une préoccupation partagée a été celle de l’évaluation : comment prouver l’impact d’un projet culturel sans dénaturer son essence artistique ? La réponse a été de rester modestes mais rigoureux : choisir deux ou trois Objectifs de développement durable (ODD) prioritaires, formuler une théorie du changement simple qui relie activités, effets et impacts, et documenter le tout par quelques indicateurs clairs (fréquentation, compétences, emplois créés, chartes signées). La force des projets culturels est aussi de produire des effets intangibles, que l’on peut capter par des récits, des verbatims, des images ou des sons. L’exigence est donc moins d’entrer dans une logique quantitative lourde que de démontrer la pertinence et la crédibilité du chemin emprunté.

Quatre études de cas emblématiques

Quatre initiatives ont illustré cette diversité d’approches. À La Réunion, l’association MoVa a présenté “La Route des Plantes – le Chant des Forêts”, un projet qui met en dialogue artistes, artisans et détenteurs de savoirs écoculturels à travers des résidences croisées et des expositions. Ici, l’art devient le médium qui rend les savoirs végétaux désirables et praticables, tout en encourageant des pratiques soutenables et en amorçant des micro-filières artisanales.

En Guadeloupe, Arts au Pluriailes a montré comment un projet initialement pensé comme une résidence artistique entre la Caraïbe et l’Afrique de l’Ouest a progressivement évolué vers un accompagnement de structuration pour ses partenaires, confrontés à des contraintes de visas et de mobilité.

Depuis la Martinique, ZOFI et La Station culturelle ont défendu une plateforme d’oralité caribéenne, articulant résidences et cartographies de récits. Leur force a été de parler le langage des ODD sans perdre la voix des artistes, démontrant que l’exigence curatoriale et l’évaluation par objectifs peuvent cohabiter.

Enfin, à Mayotte, l’association Hip Hop Évolution a illustré comment le hip-hop, depuis vingt ans, s’est affirmé comme une véritable infrastructure sociale : espace d’expression, d’émancipation, mais aussi filière professionnelle arrimée à l’ESS et tournée vers des coopérations avec l’Afrique de l’Est. Ici, on passe d’un projet qui fait à un projet qui fait-faire.

Questions, besoins et perspectives

Les échanges ont permis de dégager des besoins concrets. Comment sécuriser la trésorerie lorsque les financements européens ne couvrent que partiellement les avances ? Comment intégrer les coûts des visas et rendre la mobilité équitable ? Quelles formes de consentement et de partage des bénéfices adopter lorsqu’on valorise des savoirs sensibles liés à la biodiversité ? Comment passer de l’événementiel à des dispositifs durables arrimés à des accords-cadres avec collectivités, écoles ou parcs naturels ?

À chaque question, des pistes de réponse ont émergé : préfinancement par lignes de crédit ou mécénat de flux, fonds d’équité mobilité, résidences “miroirs” permettant à chacun de travailler sur son territoire quand le voyage est impossible, chartes éthiques et licences adaptées pour protéger les savoirs.

Au-delà des solutions techniques, une idée a traversé tous les témoignages : la culture est un pilier du développement durable, pas seulement une vitrine. Elle structure des coopérations de voisinage dans les bassins caribéen et indianocéanique et donne aux acteurs ultramarins des outils pour inventer des futurs partagés.

Et après ?

Ce premier rendez-vous a ouvert des perspectives. Les participant·es ont exprimé le souhait de prolonger les échanges par des formations pratiques sur l’ingénierie de projets et les ODD, le montage financier et la gestion de trésorerie, l’éthique et les droits liés aux savoirs, mais aussi sur la structuration de filières culturelles en lien avec l’ESS.

Comme l’a résumé une intervenante : « La création ouvre la porte ; la structuration la maintient ouverte. » Cette phrase pourrait servir de fil rouge à l’ensemble du programme COREOM, qui a fait entre autre, le pari de soutenir des projets où la culture se situe au cœur des dynamiques de coopération et de solidarité dans les Outre-mer.