Fin juin 2025, aux Comores, des terrains de sport se sont transformés en espaces de rencontres mixtes et d’inclusion. Là, la mixité n‘est pas restée qu’un slogan : elle s’est jouée, partagée et a été vécue. Récit de quelques étapes de la mission réalisée par l’équipe de l’association Chancegal dans le cadre de son projet “Osons la mixité dans l’Océan Indien“.
Des terrains qui racontent la mixité
A Moroni, le ballon rebondit sur le revêtement turquoise d’un terrain de basket, dont les lignes blanches dessinent ici un cadre simple : on court, on rit et on apprend à faire équipe. Depuis la touche, une jeune joueuse ajuste sa tenue, attrape la passe et s’élance. Sur un autre terrain, des maillots verts et jaunes s’alignent devant les cages de handball pour la photo de groupe ; on se bouscule gentiment, on s’accroupit, on se relève. Ailleurs encore, c’est le tennis de table qui rassemble, et des rires qui montent quand la balle accroche le filet. Les décors changent mais l’essentiel se répète : filles et garçons partagent le même jeu, dans un esprit d’égalité et sans considération hiérarchique, montrant que la mixité est possible, et bénéfique.
Avec le projet “Osons la mixité dans l’Océan Indien” porté par l’association réunionnaise Chancegal1, les résultats se mesurent notamment dans les gestes des jeunes joueurs et joueuses: une tape dans la main, un regard complice, un encouragement ou une passe donnée sans hésiter. Ils s’apprécient également à l’engagement actif et à l’énergie des clubs et des fédérations comoriennes partenaires, qui permettent de donner vie à ces rencontres et de faire vivre la mixité en actes.



Crédits photos : Chancegal
Le sport, miroir et moteur d’inclusion
Sur un terrain, l’ordre habituel du monde se déplace. Les codes se bousculent et les rôles se redistribuent à la vitesse d’un dribble : la plus petite devient meneuse, un débutant ose arbitrer, une capitaine fait circuler la parole avant de faire circuler le ballon. On se juge moins, on se coordonne plus. La mixité dans le sport, aux Comores comme ailleurs, n’efface pas les différences : elle apprend à en faire une force.
Là où, parfois, les stéréotypes ferment des portes, la pratique ouvre une voie. La passe réussie, le point marqué, l’effort partagé créent un langage commun. Porteuse de valeurs positives d’ouverture et d’égalité, la mixité dit quelque chose de notre capacité à vivre ensemble. Les photos de Moroni ne montrent pas des « bénéficiaires », elles montrent des partenaires et acteurs du monde sportif : des jeunes, des encadrant·es, des clubs, des fédérations et des arbitres qui prennent le “risque” de l’égalité et découvrent qu’elle fait grandir tout le monde.
Former pour transformer : à hauteur d’entraîneur
Derrière chaque séquence de jeu, il y a également un choix pédagogique : comment composer des équipes mixtes ? Comment donner confiance à une débutante sans freiner un joueur confirmé ? Comment arbitrer avec bienveillance sans renoncer à l’exigence? L’animation par Chancegal d’un atelier de co-construction d’une séance de sport en mixité a ainsi réuni plusieurs dizaines de personnes encadrantes et cadres du milieu sportif. La conclusion, partagée, tient en peu de mots : la mixité n’est pas une contrainte à gérer, c’est un cadre d’apprentissage plus riche. Elle demande des outils, oui ; surtout, elle offre des progrès visibles : plus d’écoute, plus d’entraide, plus d’autonomie. Former le personnel encadrant, c’est donner de la durée à ce qui, sinon, resterait un bel instant.

Coopération régionale : quand les terrains deviennent un lieu d’échanges
Ce que ces rencontrent racontent dépasse le simple domaine du sport; on observe une réelle dynamique de coopération à l’échelle régionale qui se tisse à hauteur d’humain, de La Réunion aux Comores, en passant par Madagascar et Maurice, autres pays partenaires pour ce projet.
Soutenu à La Réunion par l’AFCAM2 , l’INSPE3 , la DRAJES4, et la Région Réunion, le projet « Osons le sport en mixité dans l’océan Indien » montre comment un terrain de sport peut devenir un espace de dialogue entre cultures, institutions, professionnel⸱les et générations. Cette diplomatie des terrains a ses règles : des engagements concrets, des rencontres régulières, des pratiques adaptées au contexte. C’est précisément là que le programme COREOM – Coopération Régionale Outre-Mer trouve sa place : non pas faire pour ou à la place de, mais donner de l’ampleur à ce qui émerge localement – rendre visible, relier, structurer, pérenniser.
Ce que l’on emporte de Moroni
Les images qui ressortent de ces terrains restent : une poignée de mains au bord du cercle, une capitaine qui encourage plus qu’elle ne gronde, des jeunes qui posent ensemble, fiers, devant la cage de hand, la lumière de fin d’après-midi sur les maillots, et ce sentiment discret que quelque chose s’est déplacé. La mixité n’y apparaît plus comme une idée à défendre, mais comme une expérience à reconduire – parce qu’elle fonctionne, parce qu’elle rassemble, parce qu’elle prépare une société plus juste. On emporte aussi une certitude : l’inclusion ne s’obtient pas par décret, elle se fabrique par la pratique, séance après séance, avec des clubs qui ouvrent, des encadrant·es qui osent, des institutions qui soutiennent.
- La mission de Chancegal a été rendue possible grâce au COSIC (Comité Olympique et Sportif des Îles Comores), à l’AFD Moroni, à l’Ambassade de France et à l’antenne de la Région Réunion. Elle s’inscrit dans le cadre du programme COREOM, mis en œuvre par La Guilde avec l’appui de l’AFD et de la Fondation de France. Mais l’élan appartient d’abord aux clubs et aux équipes qui ont joué, arbitré, formé, et donné corps à une évidence : jouer ensemble, c’est déjà apprendre à vivre ensemble. La prochaine victoire n’est pas celle d’un score : c’est celle d’une habitude qui s’installe. ↩︎
- Association Française du Corps Arbitral Multisports ↩︎
- Institut National Supérieur du Professorat et de l’Education ↩︎
- Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports ↩︎