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[Photoreportage] Jaden Kréyol : entre mémoire, subsistance et outil de coopération

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Créer du lien entre acteurs de Guadeloupe, Martinique et Guyane, valoriser les initiatives locales et encourager de nouvelles coopérations : c’est tout l’esprit du “petit déjeuner de la coopération” organisé par Karib Horizon. La dernière édition s’est déroulée en Guadeloupe et a conduit les participants dans un cadre original et inspirant : le “Jaden kreyol” animé par l’association Rezilyans 971.

Crédits photo : Angela Fontana/LaGuilde2025

Un rendez-vous d’animation territoriale

Le soleil du matin filtre à travers les feuillages, l’air est déjà tiède, les voix se mêlent autour des tasses de « té péyi ». Le « petit déjeuner de la coopération », organisé par Karib Horizon dans le cadre du programme COREOM – Coopérations régionales ultramarines, commence dans une atmosphère conviviale et détendue. Ce n’est pas une réunion formelle : c’est un moment pensé pour créer du lien. Institutions, associations, porteurs de projets, enseignants, citoyens : les profils sont variés, mais tous ont en commun la volonté de mieux se connaître et d’échanger autour d’un temps d’ouverture à l’autre, cette fois en pleine nature.

« Notre rôle, c’est d’animer le territoire en créant des espaces simples et accessibles, où chacun peut partager ses expériences. »

Mathieu Balagne,
Coordinateur de Karib Horizon

Pour Karib Horizon, choisir ce lieu n’est pas anodin : l’animation territoriale prend tout son sens quand elle s’appuie sur des initiatives concrètes, portées par les acteurs locaux, à partir de leurs besoins, et au service du territoire.

Rézilyans 971, l’éducation populaire par le Jaden kreyol

Au cœur de la rencontre, Fiona Roche, fondatrice de Rézylians 971, a présenté son action : sensibiliser à la biodiversité, accompagner pédagogiquement petits et grands et transmettre l’héritage du jardin créole.

Rézilyans 971 est une association guadeloupéenne implantée à Sainte-Anne, dont la vocation est de promouvoir des modes de vie durables à partir d’actions concrètes en Guadeloupe et dans la Caraïbe. Face aux enjeux environnementaux, sociaux et climatiques propres aux territoires insulaires, Rézilyans s’est donnée pour mission de sensibiliser les citoyens, d’expérimenter des alternatives écologiques (permaculture, écoconstruction, récupération, autonomie énergétique et alimentaire) et d’accroître la résilience collective.

L’association porte également l’idée d’un écolieu ouvert : un espace où petits et grands peuvent se retrouver, apprendre, expérimenter, partager, produire des aliments locaux, et renouer avec la nature dans un cadre de respect mutuel et de solidarité. « Développer la résilience, c’est permettre aux habitants de l’archipel d’être plus autonomes face aux crises (climatiques, économiques, sociales), de réduire les dépendances aux importations, de restaurer les écosystèmes locaux, et de réaffirmer des savoirs traditionnels (plantes médicinales, jardin vivrier) au sein d’une démarche collective ».


« On ne préserve que ce que l’on aime,
on aime ce que l’on connaît. »

Fiona – Fondatrice de Rézilyans 971

« Le jardin créole est un héritage colonial, mais il est aussi un outil d’avenir : autosubsistance, sécurité alimentaire, adaptation au changement climatique. » Dit-elle encore.

Une immersion au cœur du jardin

Après les échanges d’interconnaissance, tous les participants se sont lancés dans une visite guidée à la découverte des nombreuses plantes, parmi lesquelles :

  • moringa, “arbre de vie” aux vertus nutritives ;
  • gwo tym et aloe vera, piliers de la pharmacopée traditionnelle ;
  • pois de Guadeloupe, connus pour leur fertilisation naturelle et leurs protéines végétales ;
  • calebassier, transformé en objets artisanaux du quotidien.

La balade a été ponctuée de découvertes inattendues : rôle méconnu des chauves-souris dans la pollinisation, importance des sols vivants, usages spirituels de certaines plantes.

Regards croisés des participants

Au fil des échanges, une conviction commune s’est dessinée : le jardin créole est bien plus qu’un espace agricole, c’est un outil pédagogique, culturel et coopératif. Pour Aude, du rectorat, il représente une autre manière d’apprendre, capable de relier les enfants à leur histoire, à la biodiversité et à leur géographie caribéenne. Selon Caroline, il s’agit de « devenir acteur, créatif, conscient, plutôt que simple consommateur ». Damien Bauchau, d’Émergence Caraïbes (association chargée de l’accompagnement des lauréats de COREOM) a souligné que la coopération commence ici, dans la capacité à valoriser des pratiques locales et à en faire des leviers pour toute la région.

Plusieurs participants ont aussi rappelé la dimension mémorielle du Jaden kreyol : En découvrant ces plantes, « je réalise qu’elles étaient déjà dans le jardin de ma grand-mère. C’est une partie de notre histoire qu’il faut préserver et transmettre. ». Cela rejoint l’objectif de Rézilyans 971, et du plaidoyer porté par Fiona : « préserver la biodiversité, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Le jaden kreyol nous apprend que nous avons déjà les solutions ici, sur notre territoire. ».

Ces moments d’immersion ne sont pas seulement conviviaux, ils sont aussi stratégiques : ils permettent d’identifier des acteurs, renforcer les liens de confiance et faire émerger des synergies inédites. « L’animation territoriale, c’est accompagner les démarches, donner la confiance nécessaire pour franchir un cap et ouvrir des perspectives de coopération », insiste Mathieu Balagne.

Du local au régional : un outil de coopération et développement pour demain ?

Une question reste ouverte : comment le jaden kreyol peut-il devenir un outil de coopération avec nos voisins caribéens ?
Car si le jardin assure déjà un rôle local — sensibiliser, éduquer, reconnecter les habitants à leur environnement —, il peut aussi devenir un point d’ancrage régional. D’autres territoires de la Caraïbe partagent ces pratiques de jardins vivriers : échanger sur leur valorisation pourrait nourrir des coopérations en matière d’agroécologie, d’éducation populaire et de résilience climatique.

Comme l’a rappelé Mathieu Balagne, en citant Édouard Glissant : il s’agit de « Agir en son lieu, penser avec le monde. ». Une phrase qui résonne particulièrement dans ce jardin créole : cultiver nos savoirs locaux tout en ouvrant des passerelles vers la Caraïbe.

FOCUS : L’animation territoriale, clé de nouvelles synergies coopératives

Dans le cadre de COREOM, Karib Horizon (premier Réseau Régional Multi-Acteurs – RRMA de la Caraïbe), agit en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane pour informer, former et relier des acteurs. Il assure également des actions stratégiques comme la veille stratégique des opportunités de financement : « Beaucoup d’associations n’ont pas les ressources pour faire de la veille. Nous assurons ce rôle de relais, en diffusant les appels à projets et en expliquant les conditions d’accès », nous dit Mathieu Balagne, coordinateur de Karib Horizon. Pour lui, l’animation territoriale dans le cadre de COREOM dépasse largement l’organisation d’événements : elle devient un outil stratégique pour renforcer les capacités et créer des synergies. De fait, l’animation territoriale vise également la montée en capacités des acteurs de la solidarité. « Des structures qui n’avaient jamais pensé se lancer dans la coopération songent à franchir le pas.».

Ces moments d’immersion ne sont pas seulement conviviaux, ils sont aussi structurants : ils permettent d’identifier des acteurs, renforcer les liens de confiance et faire émerger des synergies inédites. « L’animation territoriale est le maillon qui relie l’action locale à l’impact régional. Ce que nous faisons ici prend sens à l’échelle caribéenne. ».

Moments d’échanges, pendant un pétit déjeuner de la coopération, Guadeloupe. Crédit photo : Karib Horizon_2025