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O’Sphère : de La Réunion à Madagascar, faire grandir l’éducation à l’environnement par la coopération

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Avec CORÉOM, l’association réunionnaise O’Sphère a pu concrétiser plus tôt que prévu un projet de coopération avec Madagascar autour de l’éducation à l’environnement, la préservation de la biodiversité et la transmission auprès des jeunes. Une expérience intense, faite d’enthousiasme, d’imprévus, de liens humains forts et d’apprentissages précieux pour les futures coopérations régionales. Entretien avec Aurélie Dubard-Grondin, présidente fondatrice d’O’Sphère.

À La Réunion, O’Sphère s’est construite avec peu de moyens, beaucoup d’engagement bénévole et une conviction forte : il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir de gros budgets pour agir. Depuis 2017, l’association développe des actions d’éducation à l’environnement, de médiation scientifique et de sensibilisation à la biodiversité auprès des jeunes de l’Entre-deux.

Sa présidente Aurélie résume cette trajectoire avec une image simple : « Nous, avec un dé à coudre, on a fait une machine à laver. »

L’association a commencé avec des budgets très modestes, parfois autour de quelques milliers d’euros par an, en inventant des outils pédagogiques, en mobilisant des bénévoles, en récupérant du matériel, en construisant des partenariats de proximité et en avançant avec ce qu’elle appelle « la niaque ».

Une opportunité arrivée au bon moment

Avant CORÉOM, l’envie de développer un projet avec Madagascar existait déjà. Le lien était à la fois professionnel, associatif, humain et personnel. Aurélie connaît bien le territoire malgache, son histoire, ses réalités sociales et environnementales. Mais pour O’Sphère, cette coopération restait encore une perspective à moyen terme.

L’arrivée de CORÉOM a modifié le calendrier.

« Ça tombait à pic. Les planètes se sont alignées. »

Grâce au financement et à l’accompagnement du programme, O’Sphère a pu engager “maintenant” ce qui était envisagé pour plus tard : construire un projet éducatif entre La Réunion et Madagascar, autour de la biodiversité, de la transmission naturaliste et de l’implication des jeunes.

Pour ce faire, le projet, intitulé “Antsanitia Sciences” s’est appuyé sur plusieurs acteurs à la Réunion et à Madagascar : O’Sphère, le centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) Sciences Réunion, des écoles des deux territoires, des enfants ambassadeurs, des naturalistes et des partenaires relais sur le terrain, notamment l’association Amada.

Transmettre, relier, expérimenter

Le projet avait pour ambition de créer des passerelles entre jeunes réunionnais et malgaches autour du concept d’aire éducative environnementale et la création de supports médias contribuant à la sensibilisation aux environnementaux. Il s’agissait d’accompagner les jeunes dans la découverte, l’observation et la compréhension de leur environnement direct, mais également de replanter des espèces endémiques et de transmettre des connaissances en adaptant les outils aux réalités locales.

L’idée initiale du projet, fortement liée au Festival du film scientifique déjà organisé à la Réunion par les mêmes acteurs, a été réajustée en fonction. Pour Aurélie, la priorité à Madagascar n’était pas nécessairement de produire des films, mais de construire des activités concrètes d’éducation à l’environnement, avec du matériel utile, des ateliers simples et des relais locaux capables de faire vivre la démarche au-delà du projet.

Ce dernier a ainsi intégré l’organisation de deux séjours à Antsanitia, l’acheminement de matériel pédagogique et scientifique pour les partenaires, la mise en place d’ateliers et de rencontres avec les enfants, des échanges avec les enseignants et la création de liens avec des acteurs villageois, tout cela afin d’ancrer la démarche dans une dynamique durable.

Sa mise en œuvre a également révélé toute la complexité d’une réelle coopération régionale.

Une coopération qui ne s’improvise pas

Par son expérience, O’Sphère rappelle qu’une initiative de coopération ne peut pas être pensée comme une simple extension d’un projet local. Elle demande une connaissance fine des territoires partenaires, des histoires, des rapports de pouvoir, des réalités économiques et des pratiques administratives.

Aurélie insiste sur la nécessité de ne pas arriver avec une posture descendante.

« Il faut prendre connaissance de l’histoire avec l’Europe, pour ne pas débarquer comme un vazaha1. »

À Madagascar, les enjeux ne sont pas les mêmes qu’à La Réunion. Quand les enfants réunionnais travaillent à replanter des espèces endémiques et indigènes, les enfants malgaches peuvent être confrontés à des réalités beaucoup plus immédiates : aider à la pêche, travailler aux champs, contribuer à la vie familiale.

« À La Réunion, notre priorité avec les enfants, c’est de replanter des espèces endémiques et indigènes. À Madagascar, ils ont besoin de manger. »

Cette différence ne rend pas la coopération impossible. Elle oblige au contraire à la penser avec plus d’humilité, de précaution et d’écoute.

L’importance décisive du relais local

Parmi les grands apprentissages du projet, l’un des plus forts concerne le rôle du référent local. À Madagascar, O’Sphère avait identifié une personne de confiance, Antonio, capable de faire le lien entre les partenaires, les écoles, l’hôtel, l’association locale et le village.

Lorsque ce référent a quitté son poste en cours de projet, l’équilibre a été fragilisé. Même si les outils étaient prêts, même si le matériel était sur place, même si les ateliers avaient été conçus, l’absence d’une personne pour coordonner localement a rendu la continuité plus difficile.

« On a mis en place tous les outils, le matériel nécessaire, et là on n’a plus de suivi sur place. »

Pour O’Sphère, cette expérience montre qu’un projet de coopération ne repose pas seulement sur un budget, des activités et des partenaires institutionnels. Il repose aussi, très concrètement, sur des personnes capables de tenir le fil dans la durée.

Des imprévus comme révélateurs des besoins d’accompagnement

La première mission à Madagascar a été vécue comme une réussite. La deuxième a été beaucoup plus éprouvante : instabilité politique, changements de vols, passages imprévus par Mayotte, litiges avec Air Austral, difficultés de justificatifs, tensions de trésorerie, absence de référent local.

« La première mission, incroyable. La deuxième mission, catastrophique. »

Ces difficultés ont mis en évidence les besoins très concrets auxquels peuvent être confrontées les petites associations lorsqu’elles portent une coopération internationale : frais imprévus, avance de trésorerie, sécurité, santé, transport, responsabilité avec des mineurs, justificatifs impossibles à obtenir.

À Madagascar, certains paiements se font par téléphone, des billets peuvent être manuscrits, les achats au marché ne donnent pas toujours lieu à des factures classiques. Ces réalités entrent parfois en tension avec les exigences administratives des financeurs.

« À Madagascar, on paye par texto. Sauf que derrière, en justificatif, ça ne passe pas. »

Pour Aurélie, ces situations ne doivent pas conduire à abaisser les exigences de transparence, mais à mieux préparer les porteurs et à prévoir des outils adaptés : justificatifs alternatifs, lignes d’imprévus, appui juridique, conseils sur les responsabilités, préparation aux risques terrain.

L’accompagnement, un filet de sécurité

Dans ce contexte, l’accompagnement proposé par CORÉOM a joué un rôle déterminant. O’Sphère était déjà expérimentée dans le montage de projets, mais l’association bénéficiait pour la première fois d’un accompagnement intégré à un financement.

« Un accompagnement intégré au dispositif de financement, pour moi, c’est une première. »

L’accompagnatrice de 3A Conseil, structure partenaire du programme à La Réunion, a d’abord aidé à clarifier le dossier, à rendre le projet lisible, à expliciter les termes et à faire sortir ce qui ressortait de l’évidence pour les porteurs du projet.

« Elle nous disait : mais une Aire éducative, c’est quoi ? Moi je le sais, mais si je suis “CORÉOM”, je ne le sais pas. »

Mais l’accompagnement a aussi été précieux pendant la mise en œuvre, lorsque les difficultés se sont accumulées. Il a apporté de la réassurance, de la méthode et un soutien humain, sans jamais se substituer à l’association.

Pour O’Sphère, cette dimension est essentielle. Les petites associations portent souvent une charge très forte : responsabilité financière, responsabilité morale, gestion des bénévoles, lien avec les partenaires, sécurité des participants et justification des fonds. Dans ces moments, l’accompagnement ne se limite pas au conseil technique : il devient un espace de sécurisation.

Un passage à l’échelle pour O’Sphère

Au-delà du projet lui-même, CORÉOM a permis à O’Sphère et à Sciences Réunion de tester leur capacité à porter une coopération régionale d’envergure. Pour O’Sphère, le programme a renforcé sa légitimité, mis en lumière ses fragilités et nourri une réflexion plus large sur son avenir.

L’association envisage aujourd’hui une transformation vers le Kolektif Andémik, un collectif de scientifiques, naturalistes, artistes et auteurs et citoyens engagés pour la protection de la biodiversité et du patrimoine culturel réunionnais, avec l’ambition de structurer une école naturaliste de La Réunion et de l’océan Indien.

« O’Sphère va devenir plus ou moins le chapeau du Kolektif Andémik, avec ce projet de création d’école naturaliste de La Réunion et de l’océan Indien. »

Le projet CORÉOM apparaît ainsi comme une étape dans une trajectoire plus longue : celle d’une petite association bénévole, très ancrée dans son territoire, qui cherche à changer d’échelle sans perdre son esprit d’origine.

Ce que l’expérience O’Sphère nous apprend

L’expérience d’O’Sphère rappelle qu’un projet de coopération régionale ne se résume pas à une mise en relation entre deux territoires. C’est une aventure humaine, administrative, logistique, culturelle et politique.

Elle montre aussi que les petites OSC ultramarines peuvent porter des projets ambitieux lorsqu’elles disposent d’un accompagnement adapté : un regard extérieur, une aide à la formalisation, une écoute dans les moments de crise, une sécurisation des imprévus et une reconnaissance de leur expertise de terrain.

Le témoignage d’O’Sphère invite à penser l’accompagnement comme un processus pour renforcer plusieurs dimensions : l’appui juridique, la préparation aux réalités locales, la sécurisation des relais sur place, les outils de justification adaptés et les espaces de partage entre pairs.

Car certains porteurs, comme Aurélie, ne demandent pas qu’on leur apprenne à faire. Ils demandent surtout qu’on les aide à tenir, à sécuriser et à transmettre.

  1. En malgache : un étranger. ↩︎