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La Réunion : carrefour de coopérations dans l’océan Indien

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En avril dernier, la Réunion a vibré au rythme de la coopération régionale. Cinq associations lauréates du premier appel à projets du programme COREOM – Coopérations Régionales des Outre-mers ont pu échanger avec des représentants de la Direction Régionale Océan Indien (DROI) de l’Agence française de développement (AFD) pour présenter leurs structures et partager leurs initiatives de solidarité internationale, sources d’inspiration à l’échelle de l’océan Indien. 

Une journée de rencontres et de partages

Loin d’une présentation institutionnelle, la délégation composée de Jérôme Dupuis, chef de projet partenariats avec les organisations de la société civile (OSC) à la DROI, Julie Couriaut, chargée de mission développement régional à la DROI et Frédéric Leblé, chargé de mission au Pôle Partenariats, Études et Communication à l’AFD Réunion a été conduite tout au long de la journée par Clara Chépeau, coordinatrice du programme COREOM pour La Guilde, à la rencontre d’acteurs associatifs engagés, de partenaires de mise en œuvre du programme et d’interlocuteurs clefs du territoire. Maëlle Marblé, coordinatrice Réunion pour la CIRRMA a également participé à cette journée de rencontres lors d’une réunion stratégique, tout comme le cabinet 3A Conseils, en charge de l’accompagnement des associations lauréates réunionnaises.

Dépassant le cadre des dossiers de projets, cette succession de rencontres entre partenaires du programme et acteurs associatifs autour des différentes facettes de l’écosystème COREOM a permis de revenir sur la genèse et les ambitions des cinq structures lauréates du premier appel à projets COREOM, les enjeux du tissu associatif réunionnais et les perspectives de développement de la coopération régionale à l’échelle du territoire. 

 

Cinq projets pour dessiner un horizon commun dans l’océan Indien

Chacun des projets lauréats traduit à sa manière la richesse et la diversité des coopérations possibles dans la région. Avec Chancegal, l’enjeu est de promouvoir une pratique du sport plus paritaire à Madagascar, Maurice, aux Comores et à La Réunion. L’association s’attache à ouvrir le jeu à toutes et tous, que ce soit sur le terrain, dans l’arbitrage ou au sein des filières de formation, en faisant du sport un vecteur d’égalité et d’émancipation.

Avec Autisme Réunion, c’est la santé qui est au cœur de l’action, à travers un projet destiné à améliorer l’accès aux soins somatiques pour les personnes autistes dans plusieurs îles de l’océan Indien, de Maurice à Mayotte. Au-delà des bénéficiaires directs, ce projet entend également renforcer la qualité de vie des aidants, rappelant que la coopération régionale peut aussi être une réponse aux enjeux de santé publique et d’inclusion. 

Le consortium composé d’O’Sphère et du CCSTI Sciences Réunion propose quant à lui d’ancrer la coopération dans le champ éducatif et environnemental. Leur initiative, menée à Antsanitsia (Madagascar), vise à développer chez les jeunes une meilleure connaissance de la biodiversité et du patrimoine naturel, en s’appuyant sur le modèle des aires éducatives. Un projet qui fait dialoguer transmission des savoirs, sensibilisation et préservation de l’environnement, en se basant sur les savoirs-faires développés par l’association à l’Entre-Deux, sur le site du Bras de la Plaine. 

Dans un autre secteur, Tsiky Majunga travaille à améliorer la prévention des accidents et la prise en charge des urgences en milieu scolaire rural à Majunga (Madagascar). L’objectif est de créer un véritable circuit de soins reliant écoles, centres de santé et hôpital universitaire. À travers ce projet, la coopération devient synonyme de solidarité et d’innovation en matière de santé scolaire, dans des zones souvent dépourvues de structures adaptées. L’association, notamment soutenue par le Centre Hospitalier Ouest Réunion, renforce par ses actions la mise en coopération entre les îles du même bassin. 

Enfin, avec l’association Bek La Barre c’est une perspective originale qui s’ouvre à travers la mobilisation du sport de rue ou « street workout », comme levier d’insertion sociale et professionnelle pour les jeunes en périphérie de Durban (Afrique du Sud). En transformant des pratiques sportives informelles en opportunités structurantes, l’association illustre la capacité des initiatives locales à réinventer les outils de l’insertion et à parler un langage universel : celui du corps en mouvement. Faisant écho au travail mené par l’association dans la ville du Port, c’est également un pont entre les jeunesses des deux territoires qui se forme, comme une invitation à la mobilité. 

Un dialogue ouvert avec les acteurs réunionnais

Cette rencontre à la Réunion n’a pas seulement été l’occasion de mettre en valeur cinq projets caractéristiques. Elle a aussi permis d’ouvrir un dialogue plus large avec les acteurs institutionnels locaux et partenaires du programme. Avec la CIRRMA, les échanges ont porté sur les dynamiques multi-acteurs et sur la manière de mobiliser, animer et accompagner le tissu associatif réunionnais autour des enjeux de coopération régionale et solidarité internationale. Avec la direction opérationnelle de la coopération régionale de la Région Réunion, la discussion a exploré les synergies possibles entre COREOM et la stratégie régionale de coopération, soulignant le rôle du programme comme levier et catalyseur des acteurs et initiatives. Ces dialogues, complémentaires, témoignent d’un intérêt croissant pour une coopération pensée comme un espace de convergence entre initiatives citoyennes et politiques publiques. 

Des enseignements pour l’avenir

Au sortir de cette journée, plusieurs constats se sont imposés. D’abord, l’intérêt marqué des acteurs réunionnais pour ce programme dédié aux outre-mer, perçu comme une opportunité d’élargir, de renforcer ou de donner une autre dimension à leurs actions, notamment grâce à son dispositif de financement. Ensuite, le potentiel fort du programme pour contribuer indirectement aux politiques publiques de coopération régionale, en offrant un cadre souple et réactif. Enfin, la nécessité d’un accompagnement stratégique renforcé, afin de permettre aux associations de structurer davantage leurs actions et de maximiser leur impact. Autrement dit, COREOM ouvre des perspectives mais doit aussi s’accompagner d’outils et de soutiens adaptés pour donner toute sa mesure. 

De la Réunion à Mayotte, la dynamique se poursuit

Quelques semaines après cette rencontre réunionnaise, le programme a poursuivi son trajet vers Mayotte, où s’est ouvert un cycle de formations consacré à la conception et au suivi de projets de coopération internationale organisé par le Réseau d’Education à l’Environnement et au Développement Durable de Mayotte (REEDD 976) et le cabinet Développement Territoires Conseil, partenaires de mise en œuvre du programme sur le territoire. Cette nouvelle action illustre parfaitement la démarche COREOM : après la rencontre avec les acteurs et la collecte des besoins vient le temps de la montée en compétences via l’outillage concret. 

En ce mois d’Avril 2025, La Réunion et Mayotte ont chacune à leur manière donné le ton : celui d’une coopération ultramarine vivante et porteuse de solutions, avec un potentiel de déploiement à l’échelle de tout l’océan Indien.