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La coopération régionale, un outil au service de la résilience territoriale et du pouvoir d’agir local

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Partenaire de CORÉOM aux côtés de l’AFD, la Fondation de France apporte au programme son expérience du soutien aux acteurs locaux, du pouvoir d’agir et de la prévention des crises et des catastrophes. Élodie Paillé, responsable du Collectif Prévention des crises & catastrophes, et Louise Laporte, co-pilote du même Collectif, reviennent sur la contribution de la Fondation de France à CORÉOM, les enseignements de cette première phase et les liens entre coopération régionale, résilience des territoires et enjeux climatiques.


La participation de la Fondation de France à CORÉOM s’inscrit dans une coopération engagée avec l’AFD à la suite de crises majeures, notamment du séisme survenu en Haïti en 2010, qui s’est formalisée par une première convention de partenariat en 2018.

Initialement centrée sur le post-urgence, cette collaboration s’est progressivement élargie aux droits humains, à l’environnement, à l’agriculture et au renforcement des organisations de la société civile.

La convention 2022-2025 a marqué une nouvelle étape en initiant un dispositif conjoint de soutien aux associations ultramarines, dont CORÉOMprogramme piloté par La Guilde constitue une traduction concrète. Cette orientation est confirmée par la troisième convention signée en septembre 2025, qui place la localisation des réponses, les territoires et la prévention des crises parmi les priorités communes aux deux institutions. Elle rejoint l’engagement de longue date de la Fondation de France sur les enjeux environnementaux et la création, en 2023, de son collectif Crises et Catastrophes, consacré au renforcement des capacités des acteurs locaux, à la protection des populations et à la préservation des écosystèmes naturels face aux risques de catastrophes.

Dans les Outre-mer, particulièrement exposés aux impacts du changement climatique, CORÉOM prolonge ainsi une trajectoire cohérente : soutenir les coopérations avec les pays voisins tout en renforçant, dans les territoires français, le pouvoir d’agir, l’ECSI et les capacités collectives de résilience.

Quelle a été la contribution spécifique de la Fondation de France au programme CORÉOM ?

La Fondation de France a apporté à CORÉOM un financement complémentaire à celui consacré à la solidarité internationale. Alors que ce dernier soutenait principalement les actions conduites avec les partenaires des pays voisins, sa contribution a permis de cofinancer des initiatives menées dans les territoires ultramarins français, notamment autour du pouvoir d’agir et de l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale – ECSI.

Cette complémentarité est au cœur de la logique du programme. Une coopération régionale ne se construit pas uniquement dans le pays partenaire : elle se prépare et se déploie aussi en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte et à La Réunion. Elle suppose de mobiliser les acteurs publics locaux et les habitants, de sensibiliser la population, de créer des espaces de dialogue et de renforcer la capacité des associations à prendre part aux dynamiques régionales.

“Notre ambition est de soutenir des initiatives qui ne répondent pas seulement à un besoin ponctuel, mais qui renforcent durablement la capacité des personnes et des organisations à agir.”

Elodie Paillé

La Fondation de France a ainsi contribué à soutenir les deux dimensions d’une même coopération : les actions menées avec les pays voisins et leur ancrage dans les territoires ultramarins. Cet ancrage passe par l’implication des publics, la mobilisation des acteurs locaux et le renforcement de la capacité des associations à faire émerger des changements dans leur propre environnement.

Cette intervention s’inscrit dans la continuité de l’engagement de la Fondation de France auprès des acteurs associatifs. Notre ambition est de soutenir des initiatives qui ne répondent pas seulement à un besoin ponctuel, mais qui renforcent durablement la capacité des personnes et des organisations à agir. CORÉOM a permis de décliner cette approche dans le champ de la coopération régionale, en reconnaissant les associations ultramarines comme des actrices du changement social.

Le caractère multi-acteurs et multi-territoires du programme constituait également une forte ambition. Les partenaires partageaient une ambition commune, tout en intervenant à partir de cadres, de cultures d’action et d’ancrage différents. C’est aussi l’intérêt de ce type de programme : permettre à chaque partenaire d’apporter sa contribution spécifique à une même ambition de transformation.

Comment cet engagement s’inscrit-il dans l’intérêt de la Fondation de France pour les projets de changement sociétal et les enjeux climatiques ?

Les premières réflexions de la Fondation de France autour de CORÉOM étaient liées à son expérience dans le champ de la prévention des crises et des catastrophes. Les territoires ultramarins sont particulièrement exposés aux impacts du changement climatique à l’image des phénomènes extrêmes et l’élévation du niveau de la mer, très exposés aussi à l’érosion de la biodiversité, et à différentes formes de vulnérabilité sociale et économique.

“Une association mieux structurée, davantage reliée à son environnement et capable de nouer des partenariats régionaux devient une ressource pour son territoire.”

– Louise Laporte –

La résilience de ces territoires ne repose toutefois pas uniquement sur les infrastructures ou les réponses techniques. Elle dépend également de la capacité des acteurs locaux à anticiper, à coopérer, à mobiliser les habitants et à construire des réponses collectives. Dans cette perspective, le renforcement du tissu associatif constitue un véritable enjeu de changement sociétal.

Une association mieux structurée, davantage reliée à son environnement et capable de nouer des partenariats régionaux devient une ressource pour son territoire. Elle peut faire circuler des connaissances, sensibiliser les publics, mobiliser les communautés et construire des solidarités au-delà des frontières.

Le pouvoir d’agir et l’ECSI participent directement à cette dynamique. Ils permettent aux citoyens de mieux comprendre les interdépendances régionales, de se saisir des enjeux communs et de se reconnaître comme acteurs des transformations à mener.

Cette approche prend tout son sens face aux enjeux climatiques. Les risques naturels, la protection des écosystèmes, la gestion des ressources et les conséquences sociales des crises ne s’arrêtent pas aux frontières administratives. Les territoires ultramarins et les pays voisins partagent de nombreuses réalités. La coopération régionale leur permet d’échanger leurs expériences, de mutualiser leurs savoir-faire et d’élaborer des réponses adaptées à l’échelle de leur bassin.

SAF Trans-Amazonia, Guyane-Brésil. À travers l’agroforesterie et la transmission des savoirs de la forêt, le projet porté par Nature Rights illustre une coopération régionale qui conjugue pouvoir d’agir, protection des écosystèmes et adaptation aux défis climatiques, au cœur des priorités soutenues par la Fondation de France.

La Fondation de France souhaitait voir émerger davantage de projets directement consacrés à l’adaptation au changement climatique, à la prévention des catastrophes ou à la résilience environnementale. L’expérience montre néanmoins que cette résilience peut aussi être renforcée de manière indirecte : soutenir la structuration des associations, leur ancrage auprès des populations et leur capacité à coopérer contribue à mieux préparer les territoires face aux crises.

Quels enseignements permettraient de renforcer cette cohérence dans le cadre du programme ?

CORÉOM réunissait plusieurs ambitions. Le programme devait à la fois soutenir des projets de solidarité internationale, visibiliser et renforcer les associations ultramarines, développer leur pouvoir d’agir, structurer les écosystèmes locaux et contribuer à la résilience des territoires.

Ces ambitions ne sont pas contradictoires. Elles dessinent au contraire une chaîne de transformation cohérente : des associations renforcées peuvent construire des partenariats plus équilibrés ; ces partenariats permettent de développer des réponses régionales ; ces réponses peuvent produire des transformations sociales, citoyennes et environnementales durables.

Un des défis du programme est le fait que les partenaires doivent partager non seulement une intention générale, mais aussi une compréhension commune des changements recherchés, des activités qui y contribuent et du rôle de chacun pour davantage de cohérence. Par exemple, le pouvoir d’agir et l’ECSI pourraient être davantage visibles dans le parcours du programme, tandis qu’une place plus explicite pourrait être accordée aux projets liés plus directement au climat, à la prévention des crises et à la résilience.

L’enjeu n’est donc pas de juxtaposer plusieurs interventions, mais de construire un cadre commun dans lequel chaque partenaire contribue, avec ses propres outils et son expertise, à une même ambition : permettre aux associations ultramarines et à leurs partenaires régionaux de devenir des acteurs durables des transformations sociales et écologiques de leurs territoires.

À retenir

  • Un financement complémentaire, permettant de soutenir les actions conduites dans les territoires ultramarins en articulation avec les projets menés dans les pays voisins.
  • Le pouvoir d’agir et l’ECSI comme leviers d’ancrage territorial et de changement sociétal.
  • Une volonté de mieux relier coopération régionale, résilience des territoires et enjeux climatiques.