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A Goma, les membres du Club RFI assurent, depuis près de 2 ans, le suivi en formation de 30 jeunes orphelins particulièrement vulnérables, avec le soutien de l’association CoopTerre. Ce projet marque le début d’une transformation dans la vie des nouveaux apprentis et de leurs pairs.
Il existe des villes, dans le monde, dont on se demande comment elles ont pu se développer dans des zones géographiques si difficiles. L’exemple d’El Alto, deuxième ville de Bolivie avec quasiment 1 million d’habitants et située à plus de 4 000 m d’altitude est assez parlant ou encore celui de la ville de Yanjing en Chine qui accueille 400 000 habitants sur 30 m de large entre la rivière Nanxi et les falaises abruptes caractéristiques de cette région. Goma, à la frontière entre la République Démocratique du Congo et du Rwanda fait partie de ces grands questionnements de localisation géographique.
Située à l’ombre menaçante du Nyiragongo, volcan hyperactif depuis la fin du 19ème siècle, elle est en constante alerte des nombreuses éruptions qui en dévalent fréquemment les pentes. Pavillon témoin de cette vigilance accrue, l’éruption de mai 2021 avait engendré l’évacuation de plusieurs quartiers résidentiels de la ville avec une destruction de nombreuses habitations. Ce risque volcanique est à coupler au voisinage du Lac Kivu, lac méromictique contenant de grandes quantités de gaz toxiques qui peut lui aussi entrer en éruption et menacer Goma.
Géologiquement menacée, elle est aussi le siège d’une situation conflictuelle héritée du génocide au Rwanda en 1994. Prise dans des conflits armés réguliers depuis les années 90′ entre différents groupes militaires, la situation s’est particulièrement tendue en janvier 2025 avec la prise de la ville par les forces armées du M23 et des Forces Rwandaises de défense. Cette invasion continue de creuser une crise humanitaire profonde, marquée par le démantèlement des camps de réfugiés aux alentours de la ville. Un an plus tard, les conséquences sont fortes avec une population qui peine à avoir accès aux services essentiels malgré la mise en place d’une administration parallèle par les forces invasives.
Face à ce constat, une question se pose : Comment construire un avenir dans une ville menacée par la nature et par les affrontements humains ? Comment, dans une zone si menacée, peut-on engager un processus de développement ? C’est à ces interrogations que deux structures partenaires, le Club RFI Goma et l’association française CoopTerre, ont essayé de répondre. Ensemble, elles ont mené le microprojet “Donne moi aussi une chance”, lauréat de l’appel à projets Automne 2023, qui souhaitait faire de l’insertion professionnelle de 30 jeunes orphelins, le cœur de leur intervention dans cette ville.
Le 7 juillet 2024 aura sonné le lancement de ce projet ambitieux. Journée réunissant les orphelinats partenaires, l’Institut National de Préparation Professionnelle et le Centre de formation Don Bosco, ainsi que les services de l’Etat de la jeunesse et des affaires sociales, elle aura servi de cap fixé pour affirmer des engagements forts faisant notamment de l’accompagnement psychosocial des jeunes un axe important.
C’est ainsi que trois groupes de 10 jeunes ont été formés de juillet 2024 à mars 2025. Les filières ciblées ont été la plomberie, la mécanique, la maçonnerie, la soudure, la couture et l’esthétique/coiffure. Une fois les enseignements terminés, des examens ont eu lieu pour certifier les réussites des étudiants avant de voir ces derniers être répartis dans différentes structures professionnelles pour une phase de stage. A la fin de celui-ci, les jeunes se sont vus accompagnés pour trouver un emploi ou une occupation professionnelle.
Il est à noter que ce projet a été fortement impacté en janvier 2025 par la prise de la ville de Goma par les forces du M23 évoquée plus tôt. Au-delà d’un décalage des activités, c’est l’état mental des jeunes qui a été fortement marqué par les affrontements. Plusieurs d’entre eux ont souhaité arrêter les formations. L’assistance psychosociale proposée par le Club RFI Goma et le soutien proposé par le Centre Don Bosco auront permis d’amener au bout de leur cursus l’ensemble des promotions. Cela permet de préciser l’importance d’un dispositif encadrant la santé mentale dans des contextes où les traumatismes sont fréquents pour les bénéficiaires. Malgré ces difficultés, les employeurs des jeunes ont noté leur rigueur à toute épreuve lors des différentes phases d’apprentissage.
L’autonomisation des jeunes filles aura aussi été un des enjeux importants de ce projet. Plusieurs se sont engagées dans des filières traditionnellement masculines comme la plomberie et la mécanique . Elles ont obtenu les meilleurs résultats aux examens de fin de cursus. Voici ce que précise l’une d’entre elle à l’événement de clôture du projet :
Je le dis souvent, j'ai toujours voulu faire la différence. Si j'ai choisi la plomberie, c'était pour montrer aux femmes que nous aussi nous avons une force cachée derrière ce que les gens pensent que nous sommes. Je rêve de devenir une grande ingénieure en plomberie et développer d'autres compétences en option technique comme la plupart des hommes mais aussi montrer aux femmes de quoi elles sont capables. Le projet "Donne moi aussi une chance" nous a transformé. Ce projet nous a donné une chance de changer notre perspective d'avenir, de rêver grand et de devenir utile dans notre communauté.
On saisit bien l’effet de ce projet sur l’estime de soi de ces jeunes. Le discours se porte sur l’avenir, sur l’autonomie, la dignité et la volonté de transmission des savoirs et compétences auprès des autres enfants de leurs orphelinats. Comme le précise CoopTerre, l’association française porteuse du projet :
Le projet a permis une sortie de l’exclusion et de retrouver une estime de soi renforcée par la réussite professionnelle. Certains ont réintégré leur famille qui les avait rejetés. Ils deviennent des figures inspirantes pour les jeunes des orphelinats suscitant des vocations et renforçant la cohésion sociale.
Au-delà de la formation, il est aussi important de regarder les dynamiques d’insertion professionnelle. 27 % des jeunes disposent aujourd’hui d’un emploi stable. 56 % ont une forme plus précaire d’emploi ou sont encore en stage professionnel. Sur ces jeunes encore en stage professionnel, la moitié dispose déjà d’une promesse d’embauche. Enfin, 17 % de jeunes recherchent encore un emploi. La filière majoritaire de recherche d’emploi reste la coupe-couture dans un milieu très compétitif pour trouver un travail. Ces chiffres sont à mettre en regard du contexte économique très compliqué où les emplois informels ne rentrent pas forcément dans nos standards d’insertion professionnelle. Ainsi, au travers de ce projet, 83 % des jeunes disposent d’une occupation professionnelle et peuvent donc tirer quelques revenus de leur activité, statistique assez impressionnante dans cet objectif d’autonomisation de la jeunesse.
Ces formations auront été, pour beaucoup des enfants et jeunes des orphelinats ciblés par le projet, des trajectoires à prendre pour se diriger vers un avenir meilleur. Afin de pouvoir continuer ces activités, les deux partenaires envisagent le déploiement d’un atelier collectif utilisé par les diplômés dont les productions permettraient de financer les frais de formation de nouveaux jeunes. Il serait équipé de matériel professionnel dédié aux filières d’apprentissage (machine à coudre, caisse à outils, sèche-cheveux, ordinateur, poste de soudure, four, …). D’autres pistes sont également envisagées pour favoriser l’installation à leur compte des jeunes comme la prise en charge des documents étatiques pour la création d’entreprise ou encore une aide au premier loyer pour démarrer son activité. Les deux partenaires souhaitent également créer une plateforme numérique de services où il pourront proposer leurs compétences à la population pour poursuivre et continuer de favoriser davantage cet objectif d’insertion professionnelle.