Ceci est le site de La Guilde dédié aux projets solidaires. Faire un don à La Guilde

Coopérer en circuit court, construire du commun entre territoires voisins

Table des matières

Partager

Dans un contexte où la coopération caribéenne occupe une place croissante dans les politiques publiques des territoires ultramarins, certaines initiatives montrent qu’il est possible de partir de la proximité géographique pour structurer des dynamiques régionales durables.

Le projet « An Ba Lanmè »1, porté par l’association ZOFI au sein d’un consortium d’acteurs culturels, associe la Martinique à des partenaires de la Dominique et de Sainte-Lucie autour d’un travail commun lié à l’identité caribéenne, aux patrimoines immatériels et aux pratiques artistiques contemporaines. Entretien avec Johan-Hilel Hamel, Directeur auprès de la Direction des Affaires Culturelles (DAC) Martinique.

Photo : AngelaFontana_La Guilde_2026

Qu’est-ce qui a intéressé la DAC de la Martinique et motivé à soutenir ce projet de coopération ?

On parle souvent de coopération régionale avec la Guadeloupe ou la Guyane. Mais dès que l’on travaille avec la Dominique ou Sainte-Lucie, cela devient de la coopération internationale ou transfrontalière, alors même que ces territoires sont parfois plus proches que la Guadeloupe.

Ce projet permet de mettre en relation des territoires voisins, la logique de « circuit court » est intéressante. Travailler avec des îles situées à quelques dizaines de kilomètres, qui partagent des réalités culturelles et environnementales communes, cela a du sens.

Pour cette structure en particulier, c’est le premier projet à l’échelle caribéenne que nous soutenons. Mais nous travaillons avec elle depuis plusieurs années dans le cadre d’un financement pluriannuel. Nous connaissons la qualité des porteurs de projet, nous travaillons très bien avec eux et il y a une relation de confiance installée. Les porteurs arrivent souvent avec un financement socle – ici notamment via le programme COREOM puis ils sollicitent d’autres partenaires. Ce qui a compté à nos yeux, c’est la cohérence du projet.

La coopération caribéenne est aujourd’hui portée à un niveau politique important. On voit bien qu’une partie des solutions passe par la coopération entre territoires voisins. Commencer par la culture me semble pertinent. Ce n’est pas que la culture doit servir de voiture-bélier à l’économie, ce n’est pas son objectif. Mais c’est sans doute le point le plus évident pour commencer à penser et à trouver des solutions ensemble.

Entre héritage et invention. Symboles et imaginaire pour un nouveau récit d’identité. Performance circense de la dominicaise Ira Khade Elwin. Photo : AngelaFontana_LaGuilde_2026

Que signifie pour vous « faire solidarité » dans le cadre d’un projet international à dynamique caribéenne ?

La solidarité, c’est ce que l’on partage de soi – et c’est réciproque. Prenons le cas de la culture : chaque territoire peut penser que sa culture lui appartient exclusivement. Mais quand on se rencontre, on découvre ce qui est commun : qu’est-ce qu’on partage ? Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? Comment on arrive à se projeter au-delà de soi ?

Quand ce sont des jeunes artistes ou de jeunes porteurs de projets qui ont une vision renouvelée de l’histoire et qui cherchent des solutions à partir de leur territoire, puis dans un espace plus large, sans forcément aller les chercher plus loin, je trouve cela extrêmement intéressant.

Il y a un besoin de construire un récit commun et de parler de la Caraïbe de manière positive.. Comment on se raconte aux autres, et pas seulement à nous-mêmes ? Comment on parle positivement de la Caraïbe et de nous-mêmes, au-delà du cliché du « paradis touristique » ? Il ne s’agit pas seulement de plages ou de paysages. Il y a des habitants, une culture, une histoire. Construire des projets ensemble entre îles voisines, c’est une manière de reconnaître cela. C’est une manière de construire un récit commun et de se projeter collectivement.

Le projet a été construit entre trois territoires, mais annonce son ambition est désormais d’élargir progressivement à d’autres territoires caribéens, de s’ouvrir, de se renforcer au fil des projets. C’est ainsi que l’on construit, pas à pas, un récit commun et une capacité d’action collective à l’échelle de la Caraïbe.

Pensez-vous que ce type de dispositif soit duplicable ou transférable à d’autres secteurs, acteurs ou territoires ?

Je ne parlerais pas de duplication. Je parlerais plutôt de bonnes pratiques. Chaque territoire doit adapter les choses à son contexte. Mais certains principes sont transférables. Par exmeple, la phase exploratoire présente dans ce projet est, à mon avis, fondamentale. Il faut prendre le temps de se connaître, de se reconnaître, de comprendre les modes de fonctionnement propres à chaque territoire, à chaque interlocuteur et à chaque partenaire.

Cette phase exploratoire est-elle si vitale parce que ce sont d’abord des histoires humaines. Le digital facilite les échanges, mais il ne remplace pas la rencontre. Se voir, échanger, cela change tout dans la relation. La transformation se fait aussi à cette échelle-là : par la rencontre, la relation, l’envie de faire ensemble.

Rencontre de restitution du projet An Ba Lanmè à la DAC de Martinique. Crédit photo : Adeline Rapon/An Ba Lanmè 2026
  1. An ba Lanmè est un projet soutenu et accompagné par COREOM, programme mis en oeuvre par La Guilde et ses partenaires, grâce au financement de l’Agence française de développement et de la Fondation de France. ↩︎