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Accompagner sans modèle unique : regards croisés entre Mayotte et La Réunion

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À La Réunion comme à Mayotte, les associations accompagnées par CORÉOM n’avaient ni les mêmes besoins ni les mêmes niveaux de structuration. Les expériences vécues par 3A Conseil et Développement Territoires Conseil (DTC) montrent que l’efficacité de l’accompagnement repose surtout sur une capacité essentielle : adapter la posture, les outils et le rythme aux organisations appuyées comme aux réalités territoriales.

Dans le cadre de CORÉOM, le soutien financier octroyé aux projets de coopération régionale a été complété par un accompagnement technique des associations qui les portent. L’objectif : aider les organisations de la société civile à formaliser leur demande, structurer leur projet, sécuriser leur gestion et renforcer progressivement leur autonomie.

Mais derrière ce cadre commun, les situations rencontrées ont été très différentes. 3A Conseil, mobilisé auprès des cinq lauréats de La Réunion, et DTC, partenaire technique basé à Mayotte, ont donc développé des réponses adaptées aux profils des associations et aux contextes dans lesquels elles évoluaient.

Partir du niveau réel des associations

À La Réunion, 3A Conseil a accompagné des porteurs qui disposaient généralement d’une vision claire de leur projet et d’une solide expertise de terrain.

« Les porteurs de projets savaient ce qu’ils voulaient faire. Sur le fond, nous les accompagnateurs, on a assez peu créé les projets. »

Renaud Bourjea, 3A Conseil

Le rôle de l’accompagnateur n’était pas d’inventer les actions, mais de transformer une intention en projet cohérent et finançable : consolider le budget, préciser les responsabilités, vérifier l’éligibilité des dépenses et anticiper les difficultés.

À Mayotte, DTC a rencontré un tissu associatif dynamique, mais très hétérogène, composé en grande partie de structures bénévoles disposant de faibles moyens administratifs. L’accompagnement devait donc parfois commencer plus en amont : expliquer le dispositif, rendre ses exigences accessibles et aider les associations à formaliser une première proposition.

Les délais très courts de l’appel à projets ont accentué cette difficulté.

« Le calendrier et les exigences temporelles ont constitué un frein à des projets potentiels qui auraient pu être déposés. »

Cette expérience rappelle qu’ouvrir un dispositif ne suffit pas à le rendre accessible. Les associations doivent disposer du temps nécessaire pour comprendre l’opportunité, mobiliser leurs équipes et s’approprier le projet.

Traduire sans dénaturer

Pour 3A Conseil comme pour DTC, une grande partie de l’accompagnement a consisté à faire le lien entre plusieurs langages : celui des associations, celui de leurs métiers et celui attendu par les financeurs.

À La Réunion, cette traduction a notamment porté sur la gestion administrative et financière. Un moment marquant a été le travail réalisé avec l’équipe administrative d’une association à partir de ses documents réels. « On a ouvert les tableaux Excel, on a ouvert des factures, on a fait des correspondances hyper concrètes. » , dit Renaud Bourjea, référent accompagnateur pour le programme.

Le conseil ponctuel est alors devenu un transfert de compétences. L’enjeu n’était plus seulement de résoudre une difficulté liée au projet, mais de transmettre des méthodes réutilisables pour d’autres financements.

À Mayotte, DTC a adapté son intervention selon les profils. Avec des architectes et urbanistes, il a fallu traduire un langage très technique pour rendre le projet compréhensible par des lecteurs non spécialistes. Avec une association culturelle, l’accompagnement a davantage porté sur l’ingénierie de projet : publics visés, séquençage des activités, budget, résultats attendus et rôle des partenaires.

Dans les deux cas, la fonction de l’accompagnateur a été la même : rendre le projet lisible sans effacer sa singularité.

Faire avec, plutôt que faire à la place

Les deux expériences convergent sur un principe central : l’accompagnement doit renforcer l’autonomie, et non créer une dépendance.

Chez DTC, le suivi reposait notamment sur des rendez-vous réguliers consacrés à des avancées concrètes : finaliser un budget, relire une convention, préciser une activité ou préparer une nouvelle étape.

Cette proximité permet de maintenir la dynamique, mais elle révèle également une fragilité : certains projets reposent presque entièrement sur une seule personne.

« Les projets tiennent avec les gens, et non pas avec les organisations. Quand les gens partent, il n’y a plus rien. »

Nathalie Benard, DTC

Lorsque les compétences acquises restent concentrées sur un(e) chef(fe) de projet, elles se diffusent difficilement dans l’association. Accompagner durablement suppose donc d’associer plusieurs fonctions : administration, gouvernance, salariés et, lorsque cela est possible, partenaires étrangers.

Adapter les outils au territoire

L’expérience conduite par DTC avec le REEDD 976 illustre également les limites des outils standardisés.

Un outil d’autodiagnostic associatif développé dans un autre contexte a été testé auprès de structures mahoraises. L’exercice a permis aux associations participantes de prendre conscience des différentes dimensions de la vie associative et d’échanger sur leurs pratiques.

Mais l’outil s’est révélé trop avancé pour une partie des organisations, dont certaines ne disposent pas encore de salariés, de locaux ou d’une gouvernance régulièrement active.

La proposition de DTC a donc été de procéder progressivement : commencer par une dimension prioritaire, comme la gouvernance ou la gestion administrative, puis élargir le diagnostic.

Un bon outil n’est pas nécessairement un outil universel. Territorialiser l’accompagnement, ce n’est pas transférer une méthode à l’identique, mais la simplifier, la séquencer et la transformer pour la rendre réellement appropriable.

Anticiper les réalités de la coopération

Les deux accompagnateurs rappellent également que le territoire ne constitue pas un simple décor autour du projet. Il influence directement les partenariats, les délais, les mobilités et les risques.

Dans un projet accompagné par 3A Conseil en Afrique du Sud, les difficultés ont concerné la formalisation du partenariat, les douanes, la logistique et la sécurité. Cette expérience a montré l’importance de mieux connaître le terrain et de pouvoir mobiliser des institutions ou des expertises spécialisées lorsque la situation dépasse le rôle de l’accompagnateur.

À Mayotte, DTC a dû composer avec des partenariats souvent fondés sur l’oralité. La formalisation des engagements, la signature de conventions et la production de justificatifs ne relevaient pas toujours des pratiques habituelles des partenaires. Les questions de visa ont également fragilisé certains projets reposant sur des mobilités vers Mayotte ou d’autres territoires français.

Ces expériences invitent à intégrer très tôt dans l’accompagnement :

  • la solidité et la réciprocité du partenariat ;
  • les conditions juridiques, bancaires et douanières ;
  • les possibilités réelles de mobilité ;
  • les pratiques administratives locales ;
  • les risques logistiques et sécuritaires.

Relier accompagnement individuel et animation territoriale

Temps de séance d’accompagnement collectif à Mayotte, animé par DTC et co-organisé par le Réseau EEDD 976

À Mayotte, la collaboration entre DTC et le Réseau EEDD 976 a permis d’élargir l’accompagnement au-delà des seuls lauréats. Des sessions collectives auprès des acteurs associatifs ont été organisés autour des thématiques d’appels à projets, des budgets, de la rédaction des bilans et de l’autodiagnostic.

Le réseau territorial a joué un rôle de catalyseur, en mobilisant les associations et en rapprochant des structures qui échangent encore peu entre elles.

L’expérience révèle toutefois un écosystème d’accompagnement fragmenté, dans lequel plusieurs dispositifs interviennent sans toujours partager leurs méthodes ou connaître leurs complémentarités.

Les deux regards soulignent donc un même besoin : adapter l’accompagnement au territoire sans isoler les accompagnateurs. Cela suppose des espaces réguliers d’échange de pratiques, une meilleure orientation des associations et une coordination plus lisible entre réseaux, institutions et partenaires techniques.

Ce que ces deux expériences nous apprennent

Les méthodes de 3A Conseil et de DTC ne sont pas identiques, parce que les territoires et les organisations accompagnées ne le sont pas davantage. Cette diversité constitue l’un des principaux enseignements de CORÉOM : l’accompagnement ne peut être entièrement standardisé.

Un socle commun reste cependant nécessaire : sécuriser les projets, transmettre des compétences, soutenir les équipes et renforcer leur autonomie. Mais plusieurs dimensions doivent pouvoir varier :

  • le calendrier ;
  • le rythme des échanges ;
  • le niveau de langage ;
  • les outils mobilisés ;
  • la profondeur du diagnostic ;
  • la place des temps collectifs ;
  • l’articulation avec les relais locaux.

Au-delà de leurs différences, 3A Conseil et DTC partagent ainsi une même conception de l’accompagnement : partir des capacités existantes, travailler sur des situations concrètes, faire avec plutôt que faire à la place et inscrire l’apprentissage dans la durée.

Un commencement à consolider

CORÉOM a permis aux associations de conduire leurs projets, mais aussi de renforcer leurs compétences et de créer de nouvelles relations entre acteurs.

Ces dynamiques restent toutefois fragiles si elles ne sont pas entretenues.

« Pour moi, c’est le début de quelque chose qu’il faut amplifier et consolider avec des relais locaux. »

L’enjeu de la suite est donc de prolonger l’accompagnement au-delà d’une prestation ponctuelle, en consolidant une communauté d’acteurs capable de partager les pratiques, de conserver les apprentissages et de faire vivre les coopérations dans les territoires.