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À découvrir : les apprentissages du 3ᵉ rendez-vous « Territoires en pratiques » sur l’agroécologie et la souveraineté alimentaire

Table des matières

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Comment renforcer la capacité des territoires ultramarins à produire, transmettre et s’adapter face aux vulnérabilités alimentaires et climatiques ? Le troisième rendez-vous du cycle « Territoires en pratiques », organisé dans le cadre du programme CORÉOM, a croisé les expériences de Mayotte, de La Réunion, de la Guyane et de leurs partenaires régionaux autour de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire.

Animée par Julien Bavière, du Réseau EEDD 976 à Mayotte, la rencontre a choisi d’aborder l’agroécologie non comme une simple question de techniques agricoles, mais comme une porte d’entrée pour comprendre les relations entre sols, biodiversité, climat, alimentation, consommation et transmission des savoirs.

Dès l’ouverture, les mots choisis par les participants pour caractériser la thématique donnent le ton : autonomie, résilience, biodiversité, développement durable, innovation. Autant de notions qui rappellent que l’agroécologie concerne non seulement les producteurs, mais plus largement tous ceux qui participent, directement ou indirectement, au système alimentaire.

Des expériences différentes, un même enjeu : renforcer les capacités des territoires

Trois expériences ont permis de mettre ces questions à l’épreuve du terrain.

À Mayotte, le Pôle d’excellence rural développe une approche qui associe agriculture, valorisation des plantes locales, transformation, laboratoire, agrotourisme et transmission. L’accompagnement des producteurs ne s’arrête pas à la culture : analyse et formulation des produits, conditionnement, commercialisation ou encore ouverture des exploitations au public participent à la construction de nouvelles chaînes de valeur locales.

L’expérience montre aussi l’importance de transformer l’expertise technique en une ressource accessible. Laboratoire, jardin, accueil des scolaires ou activités de découverte peuvent devenir autant de supports pour faire circuler les savoirs entre professionnels, jeunes et habitants.

À La Réunion, FORMA’TERRA inscrit quant à lui l’expérimentation agroécologique dans un réseau régional de formation et de coopération. Avec l’EPN de Coconi à Mayotte, l’établissement co-anime le REAP AAOI – Réseau des Établissements Agricoles Professionnels d’Afrique Australe et de l’Océan Indien, qui rassemble 95 partenaires répartis entre Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice, Rodrigues, l’Afrique du Sud, le Mozambique, Mayotte et La Réunion.

Mobilités d’étudiants et de formateurs, échanges de pratiques, expérimentation sur les exploitations agricoles, ingénierie de formation : le réseau permet de faire des territoires partenaires de véritables espaces d’apprentissage.

Observer, dans le sud de Madagascar, des systèmes agricoles déjà confrontés à une très faible disponibilité en eau permet par exemple de regarder autrement l’avenir de l’agriculture réunionnaise. La coopération devient alors un outil d’anticipation : apprendre de territoires qui connaissent aujourd’hui des contraintes susceptibles de devenir communes demain.

« La réussite, c’est le réseau, l’échange, le partage de connaissances. »

De la Guyane au Brésil : faire circuler les savoirs de la forêt

La troisième expérience conduit de la Guyane à l’Amapá, au Brésil.

Depuis 2018, le programme Savoirs de la forêt accompagne des initiatives qui articulent biodiversité, pratiques agricoles et transmission des connaissances portées par les communautés. Avec SAF Transamazonia, soutenu dans le cadre de CORÉOM, cette dynamique s’est étendue de part et d’autre de l’Oyapock autour de l’agroforesterie et de l’agriculture syntropique.

Parcelles expérimentales, formations et échanges mettent en relation agriculteurs, jeunes, établissements agricoles et communautés. L’expérience rappelle que l’innovation ne vient pas uniquement des laboratoires : les savoirs locaux et les pratiques développées au fil des générations constituent eux aussi une ressource pour imaginer des systèmes agricoles adaptés aux réalités amazoniennes.

La coopération permet ici d’accélérer la circulation des connaissances, mais aussi de les confronter à de nouveaux contextes. L’enjeu n’est pas de reproduire un modèle à l’identique, mais d’expérimenter, adapter et transmettre.

De l’innovation à l’usage : organiser les passerelles

Au fil des témoignages et des échanges avec les participants, un constat commun s’est progressivement dégagé : les connaissances et les initiatives existent déjà en nombre dans les territoires.

Agriculteurs expérimentés, établissements de formation, laboratoires, associations, chercheurs, dispositifs publics ou savoirs familiaux disposent chacun d’une partie des ressources nécessaires.

Le principal défi réside souvent dans les interfaces.

Comment faire circuler une innovation depuis la recherche jusqu’à l’exploitation ? Comment rendre une connaissance technique accessible à un producteur ? Comment transmettre des savoir-faire agricoles lorsque les ressources existantes sont essentiellement écrites en français alors qu’une partie des connaissances circule oralement dans les langues locales ? Comment relier une expérimentation à la formation, puis à une activité économiquement viable ?

Les contributions de participants de Mayotte et de Guadeloupe ont notamment rappelé l’importance de développer des formats de transmission plus diversifiés : démonstrations sur les parcelles, vidéos, langues locales, échanges entre pairs ou formation en situation.

La question n’est donc plus uniquement « que savons-nous ? », mais bien : comment transformer cette connaissance en capacité d’action ?

La souveraineté alimentaire ne se joue pas uniquement dans les champs

Les échanges invitent également à dépasser une vision de la souveraineté alimentaire réduite au volume de denrées produites localement.

Produire davantage est important, mais les expériences présentées montrent que d’autres maillons sont tout aussi déterminants : accès au foncier et à l’eau, semences et intrants, transformation, conditionnement, commercialisation, formation et transmission des compétences.

La viabilité économique constitue également une condition de la transition. Une pratique agroécologique ne pourra être durablement adoptée que si elle peut aussi permettre au producteur de vivre de son activité.

Agrotourisme à Mayotte, expérimentation économique à La Réunion, réflexion autour de la structuration de filières agroécologiques en Guyane : les projets mettent progressivement en relation performance environnementale, activité économique et développement territorial.

Faire des territoires des espaces d’apprentissage mutuel

Ce troisième rendez-vous a enfin fait apparaître un potentiel qui dépasse chacune des expériences présentées : celui d’une communauté d’apprentissage entre territoires ultramarins et pays voisins.

Pendant l’atelier, des acteurs de Guyane, de La Réunion, de Guadeloupe et de Mayotte ont spontanément identifié des pratiques communes, partagé des contacts et envisagé de nouvelles mises en relation, notamment autour de l’agriculture syntropique.

Cette dynamique rappelle l’un des principes au cœur de CORÉOM : la coopération régionale n’est pas seulement un moyen de mettre en œuvre des projets à l’international. Elle peut devenir une manière d’apprendre plus vite, partager les essais comme les erreurs et renforcer collectivement la capacité d’adaptation des territoires.

Un document pour prolonger les échanges

Le document de synthèse du troisième atelier « Territoires en pratiques » revient en détail sur les trois expériences présentées, les contributions des participants et les principaux enseignements issus des échanges.

Il propose également des repères communs autour de quatre enjeux : mieux définir et partager les approches agroécologiques, organiser la circulation de l’innovation, structurer les filières autour des producteurs et renforcer les échanges de pratiques entre territoires ultramarins et partenaires régionaux.