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3 questions à : Stéphanie Gaymard, cheffe de projets à l’AFD – Comprendre les enjeux du programme CORÉOM

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Suivre un programme depuis Paris donne une vision globale; le vivre sur le terrain apporte d’autres perspectives. À l’issue d’une mission en Guadeloupe et en Martinique en novembre 2025, Stéphanie Gaymard partage ce qu’elle retient du déploiement du CORÉOM.

Après cette mission en Guadeloupe et en Martinique, quels constats forts retenez-vous sur le déploiement de CORÉOM sur le terrain ? 

Cette mission m’a surtout permis de “rendre vivant” un programme que je suivais jusque-là à distance. Depuis Paris, on reçoit des informations, des reportings, une vision globale – mais on ne capte pas toujours la réalité quotidienne, les nuances, ce qui se dit entre les lignes. Le terrain m’a apporté une compréhension beaucoup plus complète : l’intérêt du programme pour les associations, la manière dont les partenaires l’animent, et ce que cela change concrètement pour les projets lauréats. 

Ce que je retiens d’abord, c’est l’adéquation forte de CORÉOM avec les besoins des organisations. Le programme arrive “au bon moment” : il répond à une envie réelle, déjà là, de développer des coopérations avec les territoires voisins. Plusieurs associations m’ont dit qu’elles portaient des intentions depuis longtemps, sans avoir les moyens d’enclencher. Avec CORÉOM, la dynamique s’est mise en route au bon moment, au moment où des rencontres et des opportunités existaient aussi sur les territoires. 

Je retiens enfin une dynamique collective déjà amorcée, portée par les réseaux : elle crée des passerelles, des occasions d’action commune, et une forme de légitimité collective. Mais cette dynamique reste encore concentrée sur des cercles d’acteurs relativement restreints, souvent les mêmes personnes mobilisées. C’est un point de force… et déjà un enjeu pour la suite. 

L’un des marqueurs du programme, c’est l’accompagnement. De quel accompagnement parle-t-on exactement, et en quoi fait-il la différence pour les associations ? 

On parle d’un accompagnement très concret, très apprécié, et surtout très différencié selon les besoins. Pour certaines associations, il permet de structurer la vision, la mission, parfois même le cadre d’action de l’organisation. Pour d’autres, qui ont déjà une base solide, il apporte plutôt un appui technique et opérationnel : ingénierie de projet, jalons, suivi, indicateurs, rendez-vous de pilotage, méthodes. Dans les deux cas, les lauréats l’ont clairement identifié comme une valeur ajoutée majeure du programme. 

Ce qui ressort aussi, c’est qu’il y aurait probablement un gain d’efficacité – et une richesse supplémentaire – à mieux combiner collectif et sur-mesure. Aujourd’hui, l’accompagnement a été très “à la carte”, association par association. Or, on voit bien qu’il existe des besoins communs sur plusieurs territoires, et sur plusieurs profils d’organisations. Un socle commun de montée en compétences, partagé, permettrait de créer plus d’échanges entre associations, de poser des bases communes, puis de compléter ensuite avec du sur-mesure en fonction des réalités de chacune. 

L’idée n’est pas de standardiser : la vie d’une association évolue, les besoins changent, et l’agilité doit rester une force du dispositif. Construire un parcours plus lisible, avec une base commune et des approfondissements, pourrait rendre l’accompagnement encore plus cohérent et plus efficient. 

Vous évoquez un enjeu de visibilité et de connexions institutionnelles. Qu’est-ce qui manque aujourd’hui pour élargir l’écosystème CORÉOM et préparer la suite du programme ? 

Il existe un besoin de créer davantage de connexions structurantes, en particulier entre les écosystèmes qui jouent un rôle central dans les dynamiques de coopération régionale et de solidarité : institutions, secteur privé, fondations, acteurs de l’accompagnement, etc.

Pour amplifier CORÉOM, il s’agit désormais de « sortir du bois » : rendre plus visibles les actions menées dans le cadre du programme, mieux les raconter, mieux les partager, et surtout mieux relier les différents réseaux et sphères d’acteurs. Cela suppose un travail de coordination, de communication et de capitalisation à l’échelle macro, mais aussi la mise en place de rendez-vous réguliers sur le terrain, de liens durables et structurés entre les Réseaux Régionaux Multi Acteurs (RRMA) et autres réseaux locaux, les acteurs institutionnels, les agences, les collectivités, les partenaires du programme, les associations et d’autres acteurs financiers, notamment les fondations. C’est cette dynamique collective et interconnectée qui permet de renforcer l’impact du programme.

Pour amplifier son impact, CORÉOM doit aujourd’hui mieux se raconter
et mieux connecter les acteurs entre eux. »

Stéphanie Gaymard

Je crois aussi beaucoup à un rôle plus assumé des lauréats comme porte-paroles du programme. Les associations lauréates peuvent raconter ce que le programme permet, comment il accompagne, ce que cela change dans la pratique. Cela sert à la fois la visibilité des projets et la lisibilité du dispositif. Mais cela demande un minimum de structuration : un cadre, des messages-clés, et parfois un peu d’outillage pour aider les associations à valoriser leur action tout en rendant visible l’appui CORÉOM. 

La dynamique gagnerait à être davantage visibilisée dans les territoires afin d’amplifier plus largement la participation des acteurs de l’écosystème de la solidarité internationale et de la coopération régionale, de favoriser l’implication de nouveaux bailleurs et ainsi de mieux contribuer à la structuration du tissu associatif local et au déploiement de leurs initiatives d’éducation à la citoyenneté, de solidarité internationale et de coopération à l’échelle du bassin caribéen. 

Enfin, nous sommes à un moment où l’on doit préserver ce qui fait la valeur ajoutée du dispositif : des subventions d’un montant intermédiaire, un mode de financement qui facilite l’action (notamment via le préfinancement), et un accompagnement jugé décisif. Pour la suite, un enjeu apparaît clairement : penser la durabilité et les effets de levier. Autrement dit : comment les dynamiques lancées peuvent se poursuivre, comment on évite l’effet “one shot”, comment on accompagne aussi l’accès à d’autres financements – publics ou privés – en complément de CORÉOM. Là, il y a un vrai coup d’accélérateur à donner. 

A retenir :  

  • Une mission terrain qui confirme une forte pertinence du programme
  • Un accompagnement perçu comme déterminant
  • Un besoin clair d’amplification par la visibilité, la mise en réseau et la structuration d’un écosystème plus large 
Consulter l’article dédié à la mission en Guadeloupe et Martinique